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La conférence Matilda : ce que j'en ai retenu

 

Cela fait peu de temps que je fais partie de FELLOWS - Devs d'un monde meilleur , mais dès les premières discussions avant l'embauche Herri Heas m'avait parlé de l'évènement qu'ils étaient en train d'organiser : MATILDA, Mixité · Conférence · Musique .

Après la fin de WhoRunTheTech, il n'existait plus de conférences mettant en avant les femmes dans la tech : leurs réussites, mais aussi les difficultés qu'elles rencontrent dans notre environnement, la tech. L'équipe de {Fellows} avait à cœur de faire un nouvel évènement sur ce thème, dans le bassin rennais. Ainsi est née la conférence Matilda.

L'affiche attirait la curiosité, avec des profils de haut niveau, des expériences différentes.

Je restitue ici ce que j'ai entendu et appris, avec mes mots — toute erreur d'interprétation serait la mienne.


La première intervenante que j'ai vue était Corinne Hirsch, qui travaille sur le sujet de l'égalité professionnelle depuis plus de 15 ans. Elle nous a parlé de situations concrètes, de chiffres et d'expériences :

  • L'égalité professionnelle est perçue très différemment selon les acteurs : opportunité pour les uns, contrainte pour les autres. C'est précisément ce fossé de perception qu'il faut combler.
  • Si on cherche qui est responsable du manque de femmes dans l'IT, tout le monde se renvoie la balle : les entreprises désignent les études supérieures, qui désignent l'école, qui pointent les entreprises… On boucle.
  • Les indicateurs sont clairs : selon une étude Sodexo (2018) citée lors de la conférence, les équipes mixtes sont plus performantes que les équipes non mixtes.
  • L'origine de ces inégalités est multiple : culturelles, sociétales, bien ancrées dans les stéréotypes.
  • Ces stéréotypes viennent principalement de la société et peuvent mener à de la « fausse bienveillance » non intentionnelle — par exemple : « je ne t'ai pas proposé ce poste, car avec les enfants la pression pourrait devenir trop forte ».
  • Le sexisme, c'est un ensemble de préjugés et de discriminations fondés sur le genre : remarques sur l'intelligence ou le physique, interruptions systématiques, jugements asymétriques.

Désormais le constat est fait et connu. Il ne reste plus qu'à inventer un nouveau modèle, proposer un nouveau monde pour les générations à venir.


La seconde invitée était Audrey BALLU-GOUGEON , avocate en droit du travail à Rennes et ambassadrice en charge de l'égalité homme-femme auprès du ministère du Travail. Elle a été interviewée sur scène par Charlotte Hautbois, co-organisatrice de l'évènement. Elle a parlé de son expérience sur le terrain, des retours des entreprises et du vécu des femmes qu'elle rencontre. Quelques faits marquants :

  • La maternité reste un très gros frein : les effets sur les carrières des femmes se ressentent jusqu'à 5 à 10 ans après.
  • Le recrutement peut être plus compliqué, dans les deux sens.
  • Il y a encore beaucoup trop de harcèlement sexuel dans les entreprises.

Ensuite s'est déroulé une table ronde, animée par Olivia Claudeville, directrice du journal 7 jours. A cette table se trouvaient également :

  • Justine Bonnot : docteure en informatique industrielle, entrepreneuse et accompagnatrice de startups au sein d'INRIA
  • Aurélie LEBLANC : directrice Talents et Dirigeants au sein du Groupe Crédit Mutuel Arkéa et pilote des sujets Diversité & Inclusion
  • Laura Hassan : directrice générale d'EPITECH et chevalier de l'Ordre National du Mérite
  • Corinne Hirsch : la première intervenante que j'ai vue

Chacune a raconté son expérience de l'égalité au travail ou dans les études.

Laura a notamment raconté que son père l'avait dissuadée d'aller à EPITECH, mais qu'après un parcours dans les études supérieures (des deux côtés de la barrière), l'IT restait l'environnement dans lequel elle souhaitait évoluer. Aujourd'hui dirigeante d'EPITECH, elle change les choses de l'intérieur.

Aurélie a évoqué le travail mené au sein du groupe Arkéa depuis 10 ans pour développer l'égalité à tous les niveaux de l'entreprise. Aujourd'hui, dans un groupe composé à 56 % de femmes, les directrices sont majoritaires (54 %) et le groupe est dirigé par une femme. Ils ont réussi à amener plus de mixité à tous les niveaux — un seul point noir subsiste : l'IT (moins de 20 %).

Justine nous a parlé de son parcours et de son expérience positive : elle n'a pas rencontré de freins, et des hommes l'ont soutenue à différents moments de ses études et de sa carrière. Une expérience positive, portée aussi par des mentors et alliés masculins — preuve que le soutien actif de chacun, à tous les niveaux, fait une différence réelle.

Quelques faits qui m'ont marqué, évoqués lors de cette table ronde :

  • EPITECH vise 30 % d'étudiantes d'ici 2030 (elles étaient 8% en 2024).
  • On peut toujours entendre dans des salons étudiants : "Tu es bien sûre de vouloir faire ces études ? Pense à ton frère, ses études vont coûter cher..."
  • AWS finance 150 boursières chez EPITECH chaque année.

La table ronde s'est achevée sur l'annonce de l'évènement World With Women, qui propose à celles qui le peuvent de cesser de travailler le 13 octobre (poser un congé et ne rien faire comme travail domestique) et aux hommes de les soutenir. Une façon de faire bouger les mentalités, en suivant l'exemple de la grève historique des islandaises en 1975.


Cette journée s'est terminée par l'intervention d'Anne-Marie Kermarrec, professeure à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne et membre de l'Académie des Sciences depuis 2025. Elle nous a parlé de son expérience personnelle à l'EPFL, en appuyant son discours sur des études consacrées à la place des femmes pendant les études et dans les filières. Quelques chiffres notables :

  • Les filières IT sont plus touchées que la plupart des autres filières d'études par le manque d'étudiantes.
  • Une part importante de femmes quittent le secteur dans les cinq premières années de travail.
  • La réforme du bac en options à fait très mal aux filières scientifiques de manière générale : 30 % de jeunes filles en moins dans ces filières.
  • La première femme à intégrer l'académie des sciences est Yvonne Choquet-Bruhat, en 1979, alors que cette académie existe depuis 1666. Depuis quelques années, des efforts sont faits et portent leurs fruits : en 2025, 10 des 18 nouveaux membres étaient des femmes.

Elle a également écrit un livre sur le sujet : "Numérique, compter avec les femmes", sorti en 2021.


Ainsi s'est terminée cette première édition de la conférence Matilda. Personnellement j'ai été impressionné par le panel d'expertes présentes pour cette première édition. Leurs parcours sont tous très inspirants, et les anecdotes et histoires vécues qui ont illustré le sujet ont souvent été glaçantes.

En tant qu'homme, j'y ai mesuré deux choses : la chance de ne jamais avoir à subir ces situations, et la responsabilité qui en découle — ne pas être un spectateur passif.

Les jeunes générations sont plus conscientes du problème, mais on constate aussi un durcissement de certains comportements masculins. Le contexte politique laisse planer un doute sur une partie des droits des femmes, conquis de longue lutte. La situation peut s'améliorer, mais elle reste fragile.

Alors, un message pour mes pairs masculins : si vous avez l'occasion d'aller à la prochaine édition, allez-y — venez écouter. Et si vous reconnaissez certaines des situations racontées ci-dessus, c'est à nous de changer ça.

Par Ronan : lead dev chez Fellows

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